
Le
château Aragonais fut construit par Gerone de Siracuse en 474 avant Jésus-Christ;
il fut utilisé en tant que forteresse et refuge pour se défendre dans les
moments de nécessité et aussi pour observer les mouvements ennemis. L'histoire
raconte que Gerone exigea le château comme récompense pour avoir chassé les
Tyrrhéniens de l'île. Avec le déclin de Gerone, la forteresse passa aux mains
des romains. Après la chute de l'Empire Romain, la forteresse connait une série
d'occupations parmi lesquelles Visigoths, Vandals, Ostrogoths, Arabes, Normands,
Suisses, Angevins et Aragonais. En 1441, Alphonse Ier d'Aragon, gagné par la
beauté du site, transforma la forteresse de Gerone en un merveilleux château où
il passa les jours les plus heureux de son existence avec la très belle Lucrezia
d'Alagno. Ferrante d'Avalos, le vainqueur de Francesco Ier, épousa Vittoria
Colonna, la première poétesse d'Italie. Vittoria Colonna demeura au château de
1501 à 1536 et s'entoura des plus grands artistes et hommes de lettres du siècle
: Michelangelo Buonarroti, Ludovic Ariosto, Iacopo Sannazzaro, Giovanni Pontano,
Bernardo Tasso, Annibale Caro l'Aretino, il Sodaleto, la Gambara et beaucoup d'autres.
Avec la mort d'Alphonse d'Avalos en 1546, le château connait de nouvelles
dominations et des pillages, cependant en 1734 il accueillait : 1892 personnes,
1 évêque, 10 chapitres d'église, 5 coiffeurs, , 1 couvent de Clarisse, 1
gouverneur et son armée. Puis vint la période de décadence et de tristesse. En
1851, le glorieux manoir devint un lieu de peine, passant par des jours de
douleur et de passion des précurseurs de l'unité italienne : Poerio,
Settembrini, Pironti, Nisco, Agresti, Tommasi et tant d'autres. En 1890, les
bâtiments du château passèrent dans le Domaine de l'Etat tandis que les terrains
cultivés passèrent à l'Orphelinat Militaire de Naples. En 1912, dépouillé de ses
immenses richesses, le château passa aux mains de Nicola Mattera, l'actuel
propriétaire. Passé le long pont de 220 mètres, on arrive sous le bord du
château où s'encastrait, dans la porte d'entrée, le pont-levis. Il y avait là
une cloche qui sonnait seulement si, de l'Epomeo, s'échappait une grande fumée.
Cela voulait dire que les ennemis se rapprochaient et qu'il était temps de s'enfuir
des champs et d'aller s'enfermer dans le château. Pour monter au château il y
avait une rue creusée dans la roche vive et elle était si large que passaient
les chariots des soldats et des provisions. Il y avait des lucarnes creusées
dans la pierre au travers desquelles on jetait de l'huile bouillante et des
pierres sur les ennemis. Du temps de Gerone, on montait par une rue extérieure
du côté de Vivara; aujourd'hui encore on peut la voir. A une cinquantaine de
mètres de l'entrée, il y a une seconde porte en fer derrière laquelle s'ouvre un
grand espace couronné de remparts; ce fut la première batterie de canons. Au dos
de la première batterie s'ouvre le percement creusé par Alphonse d'Aragon, un
vrai tour de force quand on pense que tout a été creusé à la main. La grande
galerie nous emmène jusqu'à la moitié du château. A la moitié, nous sortons et
nous rencontrons une chapelle creusée dans la pierre vive; sur l'autel se trouve
l'unique saint que l'île ait jamais connu, un saint d'Ischia : San Giovan
Giuseppe della Croce (1654-1734). On raconte que quand le saint avait deux ans,
il fut touché par la peste et son corps était plein de bubons. Ses parents
voulurent emmener le petit aux pieds de la “Madonna della Libera” qui était
vénérée sur le château. Une fois arrivés à l'endroit où se trouve aujourd'hui la
chapelle, ils ont regardé l'enfant et à leur grand étonnement tous les bubons
avaient disparus. Quand Giovan Giuseppe fut déclaré saint, les habitants
d'Ischia ont construit la chapelle en hommage à San Giovan Giuseppe (1839). A la
fin de la galerie, pleine de lucarnes au travers desquelles on pouvait jeter de
l'huile bouillante et des pierres sur les assaillants, on se trouve face à une
porte colossale dans l'esprit d'un vrai château médiéval. Des hautes rampes d'escalier
qui mènent au château, on peut admirer la soi-disant tour de Michelange. Il n'y
a aucun document prouvant que Michelange ait séjourné dans cette tour; la
construction du XVème siècle appartenait au Duc de Bovino, Giovanni di Guevara,
maître et seigneur de la petite île de Guevara (actuelle Vivara). Dans la tour,
se trouvent des peintures que l'on attribue à Michelange suite à son séjour et à
son histoire d'amour avec Vittoria Colonna. La cathédrale était dédiée à
Notre-Dame de l'Assomption. Elle fut construite en 1300, quand les habitants de
Geronda, située dans l'actuelle pinède, s'installèrent au château suite à l'éruption
de l'Epomeo (du côté de Fiaiano). Le 27 Décembre 1509, on célébrait dans la
cathédrale les noces de la poétesse Vittoria Colonna et Ferrante d'Avalos,
seigneur d'Ischia et marquis de Pescara. La cathédrale s'élève sur deux niveaux.
L'église supérieure à trois nefs rappelle un peu l'actuelle cathédrale d'Ischia.
Elle est de style roman avec des superpositions de style baroque. En 1809, elle
s'écroula sous les canons anglais qui s'étaient installés sur la colline de
Soronzano. Non seulement la cathédrale fut détruite, mais la tombe de Giovanni
Cossa, père du pape Giovanni XXIII, fut réduite en miettes. L'autel majeur fut
transporté dans l'actuelle cathédrale d'Ischia et sert encore d'autel majeur;
les restes de la tombe de Giovanni Cossa, seigneur d'Ischia, se trouvent en
partie dans l'actuelle cathédrale et en partie au séminaire. Au niveau inférieur
se trouvent les chapelles des familles nobles du château et les lieux où ils se
furent inhumer. De magnifiques fresques de l'école de Giotto (1300) ornent les
murs. En allant sur la rue latérale, nous rencontrons l'entrée de l'abbaye des
moines Balisiani datant de 1300. Les arcs gothiques de l'entrée montrent le
style de l'époque. D'autres ordres religieux passeront par le château, dont les
Basiliani qui avaient un couvent sur la colline de Saint Pierre au port
d'Ischia. En tournant sur la gauche, nous rencontrons la vaste église de l'Immaculée.
L'imposant volume de sa coupole se voit de toute la ville d'Ischia. Elle est de
style baroque et fut fondée au XVème siècle avec, sur le côté, le palais
épiscopal et le couvent des Clarisses. Dans l'édifice (non visitable), les
évêques restèrent de 1300 à 1750. En traversant une porte, on rejoint le
monumental couvent des Clarisses. La fondatrice du couvent fut la noble
napolitaine Beatrice Quadra, veuve d'Avalos, en 1575. Les premières religieuses
furent rassemblées à l'ermitage de l'Epomeo, mais ne résistant pas à la rigueur
du froid hivernal, elles partirent au château pour toujours. Les religieuses se
sont succédées de 1577 à 1809, date à laquelle Gioacchino Murat, roi de Naples,
promulgua la loi de suppression des Ordres Religieux et confisqua leurs biens.
Aucune religieuse ne passa au couvent de Saint Antoine et le dernier ordre
disparaissait en 1911. Sous l'église de l'Immaculée se trouve le cimetière des
religieuses. La vision est macabre et presque invraisemblable. Les religieuses,
après leur mort, au lieu d'être enterrées, étaient assises sur des chaises en
maçonnerie qui, dessous, avaient un vase troué en argile appelé “scolatoio” (égouttoir).
Aujourd'hui, elles sont encore exposées au public. Pendant que la chaire se
décomposait lentement, les autres religieuses méditaient sur la fragilité de la
vie humaine et sur la mort; les os étaient amassés dans un enclos. Aujourd'hui,
les os ont disparus mais les sièges sont encore visibles. En reprenant la rue
qui conduit à la porte haute du château, après une brève distance et à la moitié
du vignoble, on peut admirer un temple avec un art du XVIème siècle. C'est un
temple hexagonal dédié à Saint Pierre, à Pantaniello. Il fut construit par les
moines Basiliani qui avaient un autre temple sur la colline de Saint Pierre au
Port d'Ischia. Quand les moines laissèrent le couvent sur la colline de Saint
Pierre et le même temple hexagonal situé sur le château, les biens passèrent au
clergé. En descendant par une petite ruelle, on arrive ensuite aux prisons du
château. Les prisons pour délinquants communs, en 1851, furent utilisées pour
des prisonniers politiques. Ainsi, nous trouvions enfermés : Carlo Poerio,
Settembrini, Pironti, Battistessa et bien d'autres héros du Risorgimento. Après
avoir franchi les massives grilles de fer, s'ouvre devant nous une petite cour
où les condamnés prenaient l'air; dans un angle, il y a une petite chapelle avec
un autel et les condamnés écoutaient la messe en restant à l'entrée bien
surveillée. L'intérieur de la prison est sombre. Les prisonniers étaient
surveillés de jour comme de nuit. Maîtres et dames de tout le château dominaient
l'antique “Donjon Angioino”. Il fut fondé par Roberto d'Angio, roi de Naples. Il
ne se visite plus aujourd'hui et peut seulement s'admirer de loin. On trouve
aussi : des tours, des remparts et des meurtrières. A l'intérieur, il y avait le
palais pour les divertissements estivaux des rois de Naples, le palais du
châtelain et les salles toutes ornées d'or. Ici étaient accueillis les plus
grands cavaliers de l'époque, des poètes, des écrivains et des peintres. En
tout, il y avait une centaine de pièces; aujourd'hui il n'en reste plus rien. Le
donjon Angioino fut entièrement reconstruit par Alphonse d'Aragon en 1441. C'est
là qu'il avait sa somptueuse maison “Vittoria Colonna” où il resta environ 35
ans. Aujourd'hui, l'intérieur du donjon est en restauration et on a renforcé les
murs extérieurs pour le rendre accessible au public. Autour du donjon, on trouve
des bâtiments qui furent endommagés par les canons anglais quand, en 1809, ils
tirèrent de Soronzano sur le château.